Manager sans s’épuiser

Des équipes de plus en plus réduites, une charge de travail qui n’en finit pas de s’alourdir… La tâche se complique pour certains managers. Dans ce contexte, comment manager tout en se préservant ?

 

Le modèle managérial issu du 20ième siècle est à bout de souffle, surtout en France. Les patrons et managers sont stressés, les collaborateurs démotivés et désabusés. Une forme de désamour de la fonction managériale s’est installé : on ne prend plus un poste à responsabilité managériale parce qu’on en a envie mais, de plus en plus, parce qu’on n’a pas le choix et/ou parce que c’est nécessaire pour la carrière.

Dans ces conditions, il n’est pas étonnant de retrouver la France en queue de peloton des pays européens en termes de qualité de la relation managériale et de niveau de stress professionnel. Les managers s’épuisent dans leur fonction pour un résultat souvent jugé insuffisant par leurs collaborateurs, et les entreprises peinent à trouver des solutions organisationnelles à ce problème. Entre épuisement et insatisfaction, et dans l’attente de solutions encore à venir, les managers doivent devenir acteurs de leur santé afin de préserver leurs ressources et retrouver du plaisir dans l’exercice de leur fonction au quotidien.

 

Manager, une fonction périlleuse ?

Beaucoup d’entreprises peinent aujourd’hui à trouver des candidats pour des postes de management. Lorsqu’ils sont interrogés, ces derniers expriment clairement leur manque d’envie : « Manager ? Je préfère éviter le plus longtemps possible » ou encore « Je ne me sens pas de gérer les problèmes humains, je préfère garder mon poste actuel [d’expert] ».

A l’heure où les perspectives de carrière verticale se réduisent drastiquement et où la prise de fonction managériale ne s’accompagne pas toujours d’une revalorisation salariale, les candidats potentiels n’y voient plus forcément leur intérêt. Le travail s’étant déjà beaucoup intensifié, prendre en charge de l’humain en plus est jugé périlleux. Les managers intermédiaires qui combinent fortes responsabilités et faible marge de manœuvre opérationnelle, présentent d’ailleurs plus de symptômes dépressifs (19%) que leurs subordonnés (12%) ou supérieurs hiérarchiques (11%). C’est ce qui ressort de l’étude menée auprès de 22 000 salariés américains et publiée en 2015 par Seth J. Prins, Lisa M. Bates, Katherine M. Keyes et Carles Muntaner dans « Sociology of Health & Illness ».

 

Abandon de poste

Les managers d’aujourd’hui ont donc à gérer la désillusion générale des collaborateurs (mais aussi la leur) vis-à-vis du monde du travail qui ne peut plus offrir ni la sécurité ni la stabilité dont il était jadis porteur, sans avoir forcément d’alternatives satisfaisantes à proposer. Tous ces différents éléments explique en grande partie le désamour actuel vis-à-vis de la fonction managériale et l’épuisement quasi généralisé des managers.

Ce qui est plus alarmant pour l’entreprise traditionnelle c’est que, face à ces difficultés, de nombreux managers sont aujourd’hui tentés par une logique de retrait. Il peut prendre différentes formes : un retour vers des positions d’experts jugées plus « reposantes », de l’entrepreneuriat pour créer des conditions d’exercice plus proches de leurs valeurs, ou encore la reconversion dans un métier tout à fait différent. Le succès d’un ouvrage comme « L’éloge du carburateur », de Matthew B. Crawford (éditions La Découverte), où l’on voit un cadre quitter le monde de l’entreprise pour ouvrir un garage illustre bien ce phénomène d’abandon de la sphère organisationnelle comme réponse au surmenage et à l’absence de sens.

 

Lire la suite de l’article de Tessa Melkonian sur Harvard Business Review